dimanche 7 août 2011

Les jeux interdits - 1

En ce samedi ensoleillé, nous sommes allés à la plage. Une journée qui s'annonçait belle, une agréable sensation de légèreté de l'être nous transportait quand, du haut de son guichet, la douanière du parc naturel du  Cap Saint Jacques nous assigna à 15h 00 de payer un droit forfaitaire de 20 Dollars pour stationner sur le parking de la plage. Guy et moi nous regardâmes et ce fût notre premier coup d'assommoir* (Définition d'un assommoir : Dans une place forte, il s'agit d'une trappe (le poste de péage) placée au-dessus d'un couloir étroit (le péage) permettant aux défenseurs (la gardienne) de laisser tomber des projectiles divers (assignation de payer) sur l'assaillant (nous les touristes)). Bon, nous nous dirigeons un peu contrariés vers la plage surveillée. Une petite plage qui pourrait rappeler le lac de Lacanau, mais en mieux, on est quand même au Canada....On n'a pas fait tout ce chemin pour nous retrouver au lac de Lacanau...Non mais ...Nous nous allongeons sur la plage de sable fin, tranquillement, nous ouvrons nos livres et reprenons l'histoire où nous l'avions laissée grâce à notre marque page quand celui -ci tombe par notre tressautement  à l'annonce sifflée par le maître nageur dans le haut parleur ...."Il est formellement interdit de boire des boissons alcoolisées sur la plage et de fumer sous peine d'amende". Guy et moi nous regardâmes à 15H30 : 2 ème coup de tonnerre. On paie et il faut en plus s'abstenir de boire une bière...Alain, Jojo,  au secours  !! Bon,  nous profitons à fond de l'eau à bonne température, le cadre sauvage nous enchante, nous passons une agréable après-midi malgré tout. Nous reprenons la route, et là, en passant devant un lotissement, quelle ne fût pas notre stupéfaction en voyant ce panneau à 17H 45:  




  Les voisins vous regardent, vous guettent, vous traquent, vous dénoncent à la police, si ils suspectent une anomalie chez vous....Au secours la liberté..!!! Bon, nous continuons notre route, rentrons chez nous et décidons d'aller courir, histoire de nous divertir l'esprit et rebondir sur du positif. Nous nous glissons dans nos chaussures de sport à 19H00 et partons gaiement vers le Mont royal.....où dès les premiers cent mètres, nous sommes ralentis par un panneau: interdit de courir à plus de 20Km.h! Mère liberté, où es-tu ?



Nous freinons donc notre allure au cas où les voisins nous regardent ...!!! On a assez eu de souci avec la justice  comme ça...Nous rentrons donc par un chemin détourné que Guy nous propose, histoire de diversifier notre parcours. Il nous guide donc vers un petit passage secret et là,  à 19H30, se tient droit comme la justice  à l'entrée, le panneau :


Mais c'est pas vrai, big brother is really watching us, Grand frère nous regarde vraiment....
Du coup nous accélérons, terrorisés, en espérant ne pas dépasser les 20 km/h, au cas où les voisins nous regardent,...
Nous nous mettons à table, histoire de nous réconforter de ces contrariétés, sans boire d'alcool et sans fumer bien évidemment, et décidons de ne pas céder à la paranoïa et partons nous promener vers le belvédère pour contempler cette ville accueillante de Montréal, (dixit les guides touristiques). Nous cherchons à parquer notre char et là, à 21h15, un autre panneau s'érige devant nous :


Interdit de stationner plus de 3 minutes entre 21h00 et 6h00 ....

Mère Liberté, que t'ont-ils fait ? Je ne te vois plus..Où es-tu ? Serais-je donc orpheline ?

En une seule journée, nous avons été assignés à 5 interdictions. Qui fait mieux ? Le défi est lancé..

Ici, Corinne Melançon pour Bernos news, à vous les studios...


Jogging urbain

Ca change du Ciron et de la Gouanère bien évidemment, qu'on troque pour le Lac aux Castors, on est soulagé des orties qui ne viennent pas vous chatouiller les jambes. On ne retrouve pas à quatre ou cinq parmi les fougères, on croise plutôt près d'une centaine de joggeurs sur un large sentier de terre battue ...

Mais on reste tout de même étonné de trouver un parc de verdure au coeur de cette ville. Et c'est à deux pas de la maison.

Voyez plutôt (suffit de cliquer sur le lien) -- soyez patients, la vidéo fait environ 5 minutes / 100M.

[GM]

jeudi 4 août 2011

La gastro

...nomie, comme dans bonhomie. Ca se soigne, suffit d'aller à la pharmacie.

Enfin ... avant de trouver le comptoir pour faire remplir sa prescription, on tombe sur les poêles en téflon, les cartes de souhaits, les jouets pour enfants, les bibelots souvenirs des Canadiens de Montréal, des boîtes de tomates en conserve, des chocolats. Le bureau de poste. Pour les cigarettes, faut attendre le passage en caisse*. J'en ai même profité pour acheter une boîte de gâteaux May West.

C'est que le Québec, celui d'aujourd'hui mais je pense surtout à celui qui m'a vu grandir, peut certainement réclamer sa place au panthéon des atrocités gastronomiques. Et assez bizarrement, je me suis mis à énumérer, et proposer à ma tribu de partager avec moi ces grands moments de retrouvailles avec mon enfance. Oubliez la poutine, cette invention récente -- certe bien inscrite dans la lignée des inventions culinaires moribondes de La Belle Province -- à laquelle je ne me suis jamais adonné.

Non, je vous parle de ...

- Les carrés aux Rice Krispies: 450g de guimauves (des shamallows -- j'ai jamais su où les français sont allés trouver ce néologisme) fondu dans 1/4 de tasse de beurre. Vous y mélangez 6 tasses de Rice Krispies, empaquetez le tout dans un moule beurré.
- Les Pop-Tarts, rendus célèbres avec les têtes à claques. Mon fils en redemande mais hésite à goûter les originaux fourrés à la gelée de fraise, enfin 'goût fraise' avec tous les additifs chimiques de convenance. Glaçage au sucre parsemé de cristaux colorés -- du sucre, encore du sucre.
- Les whippets, ces biscuits fourrés à la guimauve et recouverts de chocolat ... La tradition veut qu'on les tape pour bien les applattir avant de les croquer, va savoir pourquoi, un truc de gamin encore ...
- Les biscuits à l'érable. Ceux-là ont du succès et ont remplacé pour l'instant (pour combien de temps ?) les speculoos.
- Le Jell-O. Unanimité: c'est dégueulasse !!! Pourtant, je m'en suis avalé des mètres cubes quand j'étais gamins. Recette des plus facile: mettez le contenu de l'enveloppe dans de l'eau bouillante, passage au frigo 3h. Vous avez une jolie gelée au parfum des plus chimique, ça doit être utile pour éloigner les moustiques (goût citron !).
- Les cretons, variantes québécoises des rillettes. Pas atroce, mais pas compétiteur des conserves de ma belle-maman.

Tout n'est pas à jeter. On se régale du blé d'Inde. La bière n'a pas à rougir devant celle des chtis. Pour la bidoche, eh bé ... c'est plus difficile quand on est du pays bazadais. On a pas encore trouvé notre bonheur. On va tenter aujourd'hui le marché Atwater, on nous a parlé de la boucherie de Tours.

On vous tient au courant.

[GM]

* Tout ça est véridique, vérifié sur site à la pharmacie Jean Coutu face au supermarché Métro hier. Parlez-en à Ivan, ça pourrait l'inspirer ...

bonhomie [bɔnɔmi]

Qualité du bonhomme, de celui qui est à la fois bon de coeur et simple de manières. Le mot n'est pas forcément le plus joli, il a un pendant péjoratif qu'il faudrait effacer. Mais je crois bien que c'est exactement ce qui caractérise les québécois, au moins lors des premiers contacts, informels.

Dans les boutiques, le client est abordé facilement, avec gentillesse. Ma fille vous le dira, elle a fini par tomber son masque de marquise du bourg de Bernos. Les vendeuses ne vous scannent pas de la tête au pied pour évaluer votre capacité à sortir de leur cagibi en ayant fait chauffé la carte bleue -- je cite là une qualité bien bordelaise, très manifeste dans les boutique du Triangle d'Or.

Cette bonhomie des québécois -- je la connais, je suis tombé dedans quand j'étais petit, est à l'image de leur capacité à renouer dans l'instant avec des gens à qui/de qui on n'a pas donné/eu de nouvelles depuis des lustres. Cette qualité n'est peut-être pas réservé aux québécois. Toute la tribu apprécie cette ouverture et cette 'bonhomie'. On la sent même lorsqu'on se retrouve dans la foule, on ne sent pas à Montréal un stress comme celui qui habite Paris.

Je crois bien que ce plaisir que nous avons maintenant tous à apprécier ces qualités des québécois présage d'une insertion facile à l'école. La journée d'hier aura fini d'en convaincre Victor et Margot.

Voilà pour les mots gentils à l'endroit des gens qui habitent mon ancienne vie. Profitez-en, ça pourrait ne pas durer ... Parce que bon, le meilleur de l'humanité ..., on en reparle.

[GM]

Les filles avec les filles, les gars avec les gars

Grande journée hier. Montréal est en ébullition l'été. Le festival de jazz était déjà terminé lors de notre arrivée, mais nous avons pu attraper deux journées au festival juste pour rire et se régaler de la joie de vivre montréalaise. Depuis hier, la ville vit son festival "Mode & Design", défilé de mode en plein air, musique techno crachée à fond sur l'avenue McGill College. En soirée, le carrefour et la place prenaient des allures New-Yorkaises.

On est loin de le rue Fondespan et de la place de la Cathédrale, ... Monndiou !!! Ma fille -- faut savoir qu'elle s'est définie depuis son arrivée comme l'ambassadrice de Bazas. Elle a réussi à bouder presque tout ce que le Québec a de meilleur à offrir à l'humanité depuis qu'elle y a mis les pieds.

Hier, l'ambassadrice a commis une infidélité avec sa ville. Elle était ravie de se retrouver dans une grande métropole, les étoiles dans les yeux à admirer les modèles de la dernière collection de Jean-Paul Gaultier qui défilaient sous une musique assommant de basses tonitruantes les thèmes des films de 007 et les grands succès de Amy Winehouse. Un moment de bonheur pour toute la tribu.

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Cette grande expérience de la mode a happé les filles déjà l'après-midi. Sans courage, nous -- les gârs -- nous sommes rappliqués au parc Jeanne-Mance avec l'intention ferme de taper des balles (je vous parle de baseball, pas de palla, pff). Le jeu prévu au départ entre le papa et son garçon a pris une allure des plus sympathiques. On a vite trouvé une bande de copains qui se donnent rendez-vous les mercredis pour jouer un match, c'est selon le nombre qui se pointe. Eh bé, je peux vous dire, que mon Victou s'est sacrément débrouillé, et à tous les postes. vas-y que j'attrape la balle au champ, vas-y que je remette la balle au deuxième, vas-y que je te retire le coureur, vas-y que je me place sur les coussins.

Le papa, lui, s'est amusé comme un ado à courir et à retrouver ce sport qu'il avait rangé depuis trop longtemps parmi ses souvenirs de gamins. J'ai eu toute la soirée pour me souvenir que j'avasi eu mes 50 ans cette année :-)

[GM]

lundi 1 août 2011

L'oeuf ...

... ou la poule. Au diable la chronologie, faut que je raconte l'épisode d'hier.

Après une petite déception de pas arriver à organiser une virée au Lac Saint-Jean, me vient l'idée de regarder si le restaurant L'oeuf du village de Mystic existe toujours.

La région est toujours aussi belle, verte, peuplée d'anglais loyalistes qui l'ont préservée et chouchoutée. Et hop, nous voilà partis au pays des souvenirs. J'étais autrefois garçon de café à l'Oeuf (deux étés de rang), et hier soir client de cet endroit chaleureux. J'ai retrouvé les lieux, les odeurs. Et Pierre, toujours aussi bavard, avec des histoires abracadabrantes sur tous les habitants du village ou de celui d'à côté. "Hey, je me souviens qu'on avait eu du fun à travailler ensemble", ça m'a touché au coeur.


J'ai vu hier le restaurant et la boutique qu'il rêvait de développer à l'époque. Et plus encore, il fabrique son chocolat. Toute la tribu s'est régalé de la bonne cuisine de L'oeuf et des souvenirs qui nous y ont emmené. C'était une exquise façon de retrouver cette jolie région. On s'est promis d'y retourner. Des gens du village voisin de Bedford sont à développer un chenil pour proposer des ballades en traîneau à chiens. La bonne idée.

C'est que Bedford m'a vu devenir une grande personne. Je vous ai peut-être déjà expliqué pourquoi je m'étais mis aux mathématiques ? A cause de mon passage à Bedford. Je prenais soin de la ferme de Paul Bouchard, et ça cogitait sérieux sous mon crâne. Ca cogite un drop-out, croyez-moi, quand il doit tenir son potager pour remplir son assiette. Je l'ai retrouvé hier mon Monsieur Bouchard, la petite maison de ferme, les bâtiments. Nos retrouvailles n'ont pas été mutuelles, c'est qu'il doit avoir ses 90 ans mon Monsieur Bouchard. Bedford, ça a été beaucoup de lecture (l'intégrale de Boris Vian, Camus, Sartre, je me suis même essayé à Hegel, ouf, pas réussi). Beaucoup de temps passé au bar du village avec des copains, Michel le motard qui travaillait aux douanes et qui préparait un débâcle au sud du sud des Amériques avec sa blonde (je n'ai jamais su s'il avait fait le périple ...). Qu'est-ce que ça rigolait quand je me pointais là avec ma tarte aux pommes. Le village a changé, mais certaines choses sont restées. J'ai reconnu Barry, le "hamburger joint" du coin.

Un point tournant, une branche dans l'arbre. Une étape, délicieuse, décisive.

[GM]

Vive la bouffe



C'est pas moi qui le dit. Et c'est pas tout-à-fait une surprise. Qui ne connait pas ces études américaines, témoins de la fascination des nord-américains pour ces français d'une longévité légendaire qui après tout n'hésitent pas à se régaler de canards gras et de bons vins ? (En passant, je suis en train de dire que les québécois sont des américains, voui, voui, faudra que je retouche ce sujet sensible.)

De ce côté-ci, on a remplacé le dicton "Tout est bon dans le cochon" par un simple "Tout est dans la grosse portion". Je grossis évidemment le trait, mais c'est tout de même une règle qui tient dans pas mal de lieu de restauration. Tiens, le soir même où Bernos se délectait d'une entrecôte (nous avons bien reçu la résonnante nouvelle, nos portables sont encore sous le choc), nous étions assommés de homards - merci David et Betty Ann. Un régal. Chacun à débattre avec sa bête. Et le plaisir de goûter la chaire du homard dans l'état, jusqu'à plus pouvoir. Un Vouvray frais sur le crustacé, puis deux joyaux français qu'avait porté Suzanne, venu de New-York et à même d'échapper au piège de la SAQ. Le Chateauneuf-du-Pape était somptueux (L'accent de La Roquète 2006), épicé et équilibré et convenait parfaitement aux crevettes de Matane en salade et surtout à cette "sauce" (non, ce n'était pas une vinaigrette) dont Betty Ann a le secret. Les fromages qui ont suivi ont été exaucé d'un Haut-Bailly 2006. Merci, merci, Suzanne.
Dans mon pays -- je parle de Bernos, ses environs et de manière générale, le pays où il faut parfois/souvent batailler le garçon pour passer commande, la table est un moment accessible à tous. Les cafés routiers, les guinguettes, les bistrots, les brasseries, les restaurants ... voilà une énumération rapide de la hiérarchie de tables qu'on peut choisir selon son envie, ses moyens. Dans mon autre pays -- celui que je retrouve cette année, la table prend rapidement une allure d'exception, et les prix suivent. Une crêpe campagnarde, un quart de vin de table, un dessert, un café se chiffre à trente euros, même hors de Montréal. A Montréal, vous prenez une glace avec vos deux petits que le billet de 20 dollars ne suffit pas. Comme si le client devait se montrer satisfait de pas pouvoir finir tellement la portion est grande, la glace est immense -- comme si le plaisir se mesurait aux efforts déployés par le foie et le pancréas pour en arriver à bout.

Et ça rime avec le prix des vins. Une horreur, une hérésie, un vin rouge produit dans le sud du Québec au prix d'un grand Médoc (!). C'est pas plus mal, on va essayer de perdre du poids (essayer, j'ai dit) -- faut se consoler.

[GM]