mardi 17 juillet 2012

LE RETOUR

LE RETOUR, dans l’avion
J'écris dans l'avion qui me ramène à la maison, notre maison, notre nid, notre refuge.
Guy dort à côté de moi, fatigué du stress des derniers préparatifs de départ, (la multiplication par 4  de nos cartons ! 300 kg de plus de souvenirs !)
Fatigué du stress de laisser sa famille clouée sur ce continent, fatigué du stress de fermer l'album de sa vie au Canada, partir pour de bon, faire le choix, et l'assumer pleinement, de vivre à la française, se sentir Français au plus profond de la substantifique moelle. Il  n'est pourtant pas aisé de se fondre dans une autre culture que la sienne : nos expériences de vie aux Pays Bas, au Québec m'ont fait touché du doigt l'attachement inconscient à nos valeurs, l'agacement parfois des différences culturelles, le doute parfois de notre capacité à apprécier les étrangetés des autres, mes limites,mais qui est étrange après-tout ? Tout le questionnement est là : qui a raison de faire ceci comme cela, penser comme ça? Ce questionnement est présent chaque jour et c'est ce qui fait l'intérêt des voyages. Bien évidemment que tout le monde a raison, c'est juste l'éclairage de la réflexion qui est différent.
La binationalité est comme le vin  : c'est l'assemblage qui fait la qualité du vin !
 

samedi 23 juin 2012

MON BILAN

Cette année fut également pour moi l'occasion de faire une pause, de prendre de la distance par rapport au film de ma vie (surtout lorsque je suis revenue dormir dans mon lit de jeune fille chez ma mère),  d'avoir une reflexion introspective du chemin parcouru, un repli sur moi nécessaire pour faire le bilan et avancer.
Mon activité et les amis d'enfance de Guy m'ont quand même permis de faire de très belles rencontres qui m'ont nourrie de belles expériences, de discussions très enrichissantes et d'amitiés.

Après une année socialement très nantie, j'ai vraiment apprécié ce retour au calme, à l'harmonie, à l'apaisement, au rassemblement de ma cellule familiale. J'ai joui de la plénitude des week-ends, d'un agenda aussi léger que celui d'un hermite : pas d'activité sportive (trop chère), pas de cours de peinture (trop chers), pas de réunion au Danemark (trop cher), pas de téléphone (trop cher), pas de déplacements (trop chers), pas de taxi pour les enfants, pas de diner à organiser, pas de devoirs à suivre (ils n'en avaient pas, ou peu).
Et Non, je ne me suis pas ennuyée, je me suis sustentée de culture comme le cinéma,(sans parler du plaisir de voir mes enfants volontaires pour aller voir des films en version originale, anglais). Les musées : nous nous sommes gargarisés des musées Montréalais et New Yorkais. Les festivals de Montréal : nous les avons presque tous fait (feux d'artifice, Montgolgières, Festival du rire, de la Mode et du Design, nuits blanches, fancofollies, du Jazz), Le Carnaval de Québec et son Hôtel de glace. La lecture, j'ai lu les 3 volumes de Millenium, Lee Child, Amélie Nothomb, Laurent Gounelle, Philippe Lavalette, Tatiana de Rosnay,... J'ai mis à jour ma culture cinématographique québécoise et américaine (The Great Gatsby, Le Magicien d'Oz, Woody Allen ...).

J'ai le sentiment de m'être rassasiée, à défaut de bonne nourriture terrestre, de nourriture culturelles, spirituelle, amicales, d'amour et trouver une paix intérieure, une force paisible. Je sais où est ma base, de qui et de quoi elle est constituée, fabriquée.
Une année sabbatique où je me suis régalée d'écrire ce blog, m'épancher chaque jour sur mon nombril, prendre la température de mes états d'âme, vivre au rythme de la nature et des évènements.
Certes, le conflit juridique relatif à ma maison de Vailhauquès me tourmente lorsque j'y pense, mais il n'a pas occulté ma volonté de profiter des bonheurs qui se sont offerts à moi.
 
Oui, vraiment, une belle année ....

dimanche 10 juin 2012

PREMIER BILAN


LE BILAN

Nous sommes à un mois de notre retour. Il est temps de dresser un premier bilan.

Dans toute prise de risque, il y a des retours favorables et des déconvenues, des avantages et des inconvénients. Il faut essayer de distinguer si la lune est éclairée par le soleil, ou si le soleil est caché par la lune. Est-ce que ça valait le coup de partir un an au Québec ? Echanger sa maison, sa voiture, changer les enfants d’école, les immerger dans le système québécois pour une année ? Est-ce que le rapprochement familial a eu lieu ? Est-ce que la culture québécoise correspond à ce que nous pensions ? Aurons-nous envie de revenir y habiter ?
Il faut discerner le bilan ressenti et le bilan objectif.

Le ressenti général : A l’heure où je vous écris, à un mois de rentrer, nous avons unanimement hâte de rentrer en France, retrouver notre maison, nos amis, notre famille, notre chat, le Cap-Ferret, le Pays-Basque, La mer, la Dordogne, les repas sous le marronnier centenaire avec les amis, autour d’une belle table, déguster de bons fromages, du bon vin, de bons mets délicats. Partir nous a permis de mesurer l’attachement à notre culture, nos valeurs sociales, notre liberté, notre environnement géographique diversifié si rapidement accessible (Paris est à 3h de Bordeaux en TGV, alors que pour une même distance, New York est à 10h en train, 6h en voiture).
Mais, en même temps,  nous n’en revenons pas d’avoir foulé le sol de New York 3 fois dans une année !! Les enfants ont pu visiter tous les musées connus (MOMA, le Metropolitan Museum, le Guggenheim, le Natural History Museum, Empire State Building, le Rockfeller Building, la Statue de la Liberté), Time Square et ses écrans géants ! Premier paradoxe : mes enfants connaissent mieux New York que Paris, alors que je vantais la proximité géographique quelques lignes plus haut. Les paradoxes, je vous avertis, seront nombreux. Il faut avouer que nous avons eu la grande chance d’avoir été accueillis par notre amie Suzanne, et sa famille, (que je remercie de tout mon cœur) qui n’a pas économisé sa peine pour faire les aller-retours New York – Montréal pour partager les bons moments avec nous.

L’Echange de maison et voiture : Je dirais, pour ma part, que c’était une excellente expérience. L’emplacement de la maison a participé pour une grand partie au plaisir que nous avons eu de vivre dans cette ville de Outremont, Montréal. De Situation Centrale, près du Mont-Royal, à 8mn (foi de GPS) du centre ville, 8mn du plateau (quartier favori) , et surtout à 5 mn à pied de l’école des enfants, des commerces, des rues les plus huppées de Montréal, nous avons goûté aux plaisirs de la ville (transports en commun, cinéma, théâtre à proximité), avec les avantages de la campagne (verdure à foison) sans les inconvénients (le bruit). La maison et sa décoration suédoise (IKEA) correspondaient aussi à notre goût : une maison centenaire avec planchers en bois, cheminée (malheureusement non fonctionnelle), hauteur de plafond, grand escalier en bois, des étagères couvertes de livres, des disques et des DVD, (nous avions certains disques, livres, DVD en commun), un piano. L’espace à vivre était agréable. J’aurais souhaité que les enfants se lassent de l’espace exiguë de la salle  TV et ordinateur en sous-sol pour laisser la console et lire davantage….Nous avons eu beaucoup de plaisir avec Guy à nous imaginer dans des films de Woody Allen lorsque nous dégustions notre apéritif, devant les fenêtres de l’avancée du salon,  en écoutant du Jazz.
LA seule mauvaise surprise, de taille quand même, fût le forfait téléphonique et internet. Nous y avons laissé quelques plumes et ça, nous ne l’avions pas anticipé. Notre échangiste a marqué un geste en réévaluant la capacité mais cela n’a pas suffit, loin s’en faut.

Nous avons eu un accident de voiture début septembre et les assurances ont bien fonctionné. Notre échangiste a eu des problèmes mécaniques avec notre voiture, tout est rentré dans l’ordre grâce aux échanges téléphoniques et internet entre le garagiste, l’échangiste et nous.
Les échangistes ont malheureusement vécu le grand froid en France alors que nous l’attendions au Québec. Sauf que, notre maison n’étant pas équipée pour cette baisse de température, les échangistes ont dû l'endurer  dans la maison aussi. Ils, nous, la météo, personne ne l'avait anticipée.
Quant au kilométrage des voitures, nous savions  que nous partions pour découvrir ou redécouvrir le pays, nous avons donc fait, respectivement,  beaucoup de kilomètres.
En terme de logistique, si je devais repartir un an, je reconduirais l’expérience de l’échange.

Immersion des enfants en milieu scolaire québécois : J’ai 2 enfants, 2 expériences différentes.
L’aînée, 16 ans, pas très scolaire de nature, a aimé et ne regrette pas que le lycée français n’aie pu l’accueillir, faute de place et de bonne volonté. Elle s’est faite des amies, a apprécié les cours, la relation prof- élève très décontractée, les cours d’éthique et religion où il est question d’éduquer les ados aux différentes cultures et religions, les faire réfléchir sur le racisme et les différents régimes politiques, les sensibiliser à la conscience citoyenne. Elle a bénéficié d’une année, sous notre prisme de parents, sabbatique, qui lui a permis de reprendre confiance en elle, en ses capacités, et retrouver la motivation.
 A l’inverse, le cadet, 13 ans, plutôt académique,  a vécu l’enfer d’une classe indisciplinée, et n’a pu se faire que 2 copains…Mais il a, lui aussi, fait d’énormes progrès en anglais, et a apprécié la relation élève-prof, le rythme scolaire (8H45 –11h30, 12H45-15h15).
Le système éducatif québécois, fondé sur l’encouragement, plutôt que la répression, permet aux enfants de s’épanouir personnellement (mais le journal Le Monde relate quand même que 30 % des élèves du secondaire public décrochent sans diplôme, seuls 21 % des québécois obtiennent un diplôme universitaire, pour 41 % en France). Bref, ils repartent, gonflés de confiance. Ils ont, en outre, fait d’énormes progrès en anglais. Une classe bilingue, forcément, ça fait avancer le schmilblick !

Il est intéressant de voir comment la société forge, dès l’enfance, l’épanouissement individuel des individus, sans brimade, et qui en suite, met en place un système policier omniprésent pour contrôler ces personnes, fixer un cadre qu’ils n’ont pas eu dans leur enfance. A l’inverse, en France, les enfants sont cadrés très jeunes, le modèle éducatif préférant  le bâton à la carotte, le système policier est moins ubiquitaire, mais le français consomme un peu plus d'antidépresseurs.
Cette immersion scolaire québécoise leur a permis de comprendre et d’appréhender la culture tant appréciée de nos cousins d’Amérique, (car ce sont de vrais américains, mais chut, il ne faut pas les vexer..) : le culte du bonheur à tout prix, du bien-être, de l’épanouissement personnel, de la valorisation personnelle prime sur presque tout. « Tu es capable » est le dogme de chacun. D’où la bonhomie de ces gens, confiants, capables d’autodérision, ne se prenant pas au sérieux,  enthousiastes et gais est un vrai bonheur à rencontrer. Les Québécois sont décontractés, pas stressés, et peu importe comment tu es habillé, que tu sois docteur, maire ou ouvrier, tu es considéré de la même façon, cette relation d’égal à égal est vraiment agréable à vivre. Le fait de sensibiliser les enfants dès le jeune âge, à l’éthique et aux différentes religions, contribue, entre autre,  à diminuer le racisme. L’intégration de l’immigration est plutôt bien réussie.
Le revers de cette culture du bien-être personnel à outrance est qu’il est difficile d’organiser des activités communes. Le culte du groupe n’est pas le même qu’en France. Pourquoi se forcer à faire quelque chose dont on n’a pas personnellement envie ? Ma fille a très souvent râlé de ne pouvoir rallier le plus grand nombre d’amies à une sortie, juste pour le plaisir d’être ensemble.
Quant aux relations entre les 2 sexes, les codes sont différents des européens. L’amitié entre fille et garçon est difficile du fait de la sexualisation précoce. Un garçon, selon les standards, ne peut entretenir une relation amicale avec une fille sans devoir la séduire. Le machisme est virulent de ce côté-ci de l’atlantique.. Une fille est considérée comme produit de chasse. D’où, un mouvement féministe actif qui, réclamant l’égalité des sexes, effraie les hommes. Mais, ou, ainsi, deuxième paradoxe, les femmes ne se privent pas de renvoyer les hommes brutalement et ne se gênent pas à entretenir des relations libres, sans vergogne.

Ici, les médias élèvent (peut-on parler d’éducation ?) les filles à la séduction malgré elles. Les jeunes filles se maquillent de plus en plus tôt, arborent des tenues vestimentaires  sexy et n’imaginent pas une seconde  qu’un garçon puisse se rapprocher d’elles pour parler musique ou cinéma sans vouloir la séduire. Ainsi, quand je proposais à Victor de se rapprocher de la gente féminine pour développer son réseau social, il me fit vite comprendre qu’elles ne se laissent pas approcher si tu n’as pas l’intention de les draguer.  De plus, les garçons se moqueraient de lui si ils ne conclurait pas par un rendez-vous charnel. Margot et sa cousine ont validé ses propos. A 13 ans ??!!!
Paradoxalement, la notion de rendez-vous (the date) est également très protocolaire. Quand un garçon invite une fille à aller manger une glace ou au cinéma, il doit préciser si c’est (a date) un rancart amoureux ou pas. En France, on s’invite et puis si il y a plus d’affinité on conclue, mais on ne dit pas à l’avance : « je t’avertis, c’est un rancart, alors, j’attends mon baiser à la fin !).
Mais je m’égare de mon bilan. Tout ça pour dire que mon fils aurait été sans doute plus heureux dans le lycée français. 
Nous comprenons maintenant pourquoi Guy ne s’est jamais bien senti dans les codes sociaux québécois et a trouvé son bonheur dans les standards de communication à la française où l’on peut aimer parler de cuisine, faire les courses sans se faire traiter de gay !!
Margot et Victor ont pu toucher de près d’autres codes sociaux et ça, c’est important dans leur éducation de citoyen du monde. C’était le but de notre venue ici : connaître la culture québécoise,   la culture française, leurs avantages et leurs inconvénients.

Le rapprochement familial : Margot a passé le réveillon de la St Sylvestre avec sa cousine et je pense qu’elle s’en souviendra longtemps… Absorber Trop d’alcool trop vite, sans en avoir l’habitude, a forcément des conséquences sur l’organisme qui se traduisent par des débordements qui créent des liens …..quand on se soutient mutuellement….Victor s’est également bien entendu avec son cousin, 2 ans son aîné.  Leur oncle est venu les garder 3 jours à la maison, (le temps pour les parents de travailler en Europe). Margot et Victor ont appris à mieux connaître la famille paternelle qui ne leur est dorénavant plus étrangère.
Oui, le rapprochement familial a opéré !

Ils ont découvert également que la valeur familiale au Québec est généralement laissée en jachère. (Il faut savoir qu’il existe des associations de grands-parents pour rencontrer des jeunes enfants orphelins de liens filiaux). J'ai été très heureuse d'organiser des repas familiaux pour réunir la famille de mon époux québécois et permettre aux frères et soeurs, neveux, petits enfants, grand-parents, enfants et parents de se retrouver plus souvent qu'à l'ordinaire.

Maintenant, aurons-nous envie d’y retourner vivre ? La réponse est non, pas tout de suite. Mon fils, au début attiré par l’envergure de l’université de Mc Gill, décline aujourd’hui son envie d’y étudier.
Ma fille évoque la possibilité d’y retourner étudier lors de ses études supérieures mais pour y retrouver seulement un enseignement plus agréable et plus facile ! Quant à Guy et moi, nous nous plaisons quand même à imaginer que nous acquérons, peut-être un jour, un appartement à louer dans les nouveaux quartiers, pour avoir aussi l'avantage d'avoir un pied à terre dans cette ville si agréable à vivre.

En partant vivre à la ville, nous courrions le risque que nos ados ne veuillent plus revenir vivre à la campagne et nous sommes agréablement étonnés de voir combien ils sont attachés à notre maison, à la vie à la campagne, aux valeurs de camaraderie, d’amitié, de solidarité, de famille,  « et le calme » me demande d’ajouter Victor.

En conclusion, je dirais que oui, ça valait le coup. Margot et Victor ont acquis une maturité qui leur permettra de prendre du recul par rapport aux discours racistes entre autres, de développer et affiner leur pensée, leurs observations, leur raisonnement, leurs connaissances. Ils ont expérimenté, testé de nouvelles relations sociales, de nouveaux apprentissages et je suis certaine que cette expérience leur servira dans leur vie d’adulte. Certes, il eut été plus facile pour eux de s’intégrer si ils avaient été plus jeunes, mais ils n’auraient pu prendre conscience des développements d’idées induits par les différentes expérimentations.
Quant à notre famille, elle s’est retrouvée renforcée par une grande complicité. Que ce soit entre les enfants, dans notre couple, entre enfant et adulte, de nombreux moments nous ont rapprochés.

Je repars d’ici avec le sentiment d’avoir accompli mon rôle de parent éducateur, en  permettant à mes enfants de s’ouvrir sur d’autres cultures, et de mieux se connaître introspectivement également. 

mardi 22 mai 2012

Le pays de toutes les libertés

Je sais que je vais vexer des amis qui sont d'ici en m'exprimant sur ce sujet, eux qui sont à l'opposé du trait grossier que dessine l'actualité québécoise ces jours-ci. La France a de la chance d'avoir choisi l'alternance: que personne n'aie l'idée d'importer cette approche "à l'américaine" pour résoudre les conflits sociaux. Je vous la résume. L'équipe gouvernante fait face à une protestation, certains dirons massive, d'autres chercheront à la minimiser, la raison veut qu'on ne puisse a minima l'ignorer. Toute une génération trouve injuste la décision d'un gouvernement qui engage leur vie actuelle et future et celles des plus jeunes qu'ils défendent aussi.

Le gouvernement sort une méthode pratiquée de ce côté-ci. On se vote une loi spéciale, malodorante et qui pue la répression et qui atteint son objectif dans la première heure de son application. Elle vise tout simplement à "fermer la gueule" à quiconque s'oppose à la volonté de l'équipe gouvernante en place. On l'appelle la loi spéciale. C'est en effet assez spécial de régler les conflits sociaux de cette manière.


A vous de jouer maintenant, chercher le lien entre les propos des paragraphes précédents et le titre du billet. Pas facile, hein ? En d'autres mots, où elle est cette liberté que, soi-disant, l'on chérit de ce côté-ci de l'Atlantique ?


Puisqu'on en est à râler -- je suis devenu français, z'avez remarqué ? ... Autant tout vous raconter de cette "fâmeuse" liberté.

Vous savez cette liberté que peuvent prendre les entreprises pour liquider le personnel ? euh, pardon, cette liberté dont bénéficie les entreprises pour mettre en oeuvre une politique de flexibilité. On peut demander à mon frérot de vous la raconter la flexibilité. Celle qui permet aux sociétés bien pensantes de se payer un senior qui a son expérience pour mettre sur pied un projet, en planifier le budget et le déroulement avant de le remercier -- mais en gardant bien précieusement le fruit du travail de planif', fruit de d'une expérience un peu encombrante. Pas mal comme idée, tu te prends un senior, il te fait un calendrier comme pas deux, il en a vu d'autres, il te fait le budget, et c'est en dressant le budget et en le confrontant à l'enveloppe réelle accordée qu'il peut --il est senior, il sait lire entre les lignes -- réaliser que son salaire n'est pas au budget ...

Et l'état s'arrange bien de ce droit du travail clinquant. Pas de poste permanent, pas de retraite à payer. Tiens la politique du travail. Une jeune fille que l'on connait nous disait: son employeur (oui, oui, elle est employée) ne la rémunère que si elle vient effectivement travailler -- jusque-là ça ne choque personne -- mais on ne l'appelle que si on a besoin d'elle. Autrement dit, son statut d'employée lui donne le privilège de rester accrocher à son téléphone pour espérer qu'on l'appelle pour faire une heure ou deux les bons jours.

Je peux pousser la chansonnette encore un peu ? Allez on va aller du côté d'une grosse société, je vous dis pas le nom, ils font des ordis, des gros des petits, et tout ça a commencé avec de bêtes caisses enregistreuses ... Nous connaissons un ami qui travaille là-bas et s'occupe de questions juridiques (propriété intellectuelle (PI), droit du logiciel, etc.). La boîte a pignon sur rue et attire depuis des années les majors de promos, les étudiants férus de droit, les meilleurs -- la société est imparable sur les questions de PI.

Vous savez quoi ? On licencie aussi dans cette société, et au département des affaires juridiques comme ailleurs. Ne reste que les seniors qui coûteraient trop chers à licencier ... de force. Mais l'attractivité de cette société de stature internationale ne se tarit pas. Les majors de promos continuent à venir pour espérer y trouver leur premier job. Mais les temps ont changer ... euh, je veux dire, reculer. On revient au temps où les dockers se pressaient aux culs des camions en espérant que le contre-maître leur fasse signe.

Ces "stagiaires" sont rémunérés à la pièce. Y a du boulot, on le leur confie et on les paye pour ce que ça "vaut". Pas de boulot, merci beaucoup, vous pouvez revenir demain. Assurez-vous de bien suivre mon histoire: on est pas en train de parler de jobs étudiant pour les mois d'été. Il faut penser, oui, aux efforts que représentent des études en droit dans les meilleures facs sur plusieurs années. On peut penser aussi aux dettes que ces gamins ont sur le dos en sortant des ces prestigieuses universités.

Les entreprises prennent des libertés, et portent leur faux-nez qui s'appelle la flexibilité. Les universités gagnent leur prestige en pratiquant une sélection par l'argent éhontée.

Alors, on les comprend ces jeunes -- ce sont eux  le vrai investissement pour la nation, bien avant le plan Nord*. Et qu'est-ce qu'on envie qu'ils renversent la table quand ils sortent dans la rue. On est avec eux. On sort de la fougue qui nous a permis de réduire le niveau de stress du pays (je parle de la France et du stress dont parlait Alain Minc, que Niclas Sarkozy avait apparemment apporté au pays). On rentre dans celle qui anime la jeunesse québécoise. Et on est ravi.



Je leur souhaite de tout coeur la gratuité scolaire, celle dans le contexte de laquelle je travaille tous les jours en France. "Un peuple instruit, jamais ne sera vaincu".

* Les chiffres ... j'y peux rien, je suis matheux. On a fait un calcul rapide à la maison, du coût pour la nation sur un an des frais que le gouvernement veut imposer aux jeunes de ce pays: 325$/an (sur cinq ans). On fait la comparaison de l'investissement que Québec se prépare à faire sur le plan Nord: 16 milliards/an sur 5 ans. Allez, on se met d'accord pour 400 000 étudiants (ma source pour ce chiffre), ce qui nous donne un coût de  130 millions $/an sur 5 ans. La comparaison avec le plan Nord fait peur. Ce pays ne serait pas prêt à consacrer 0,825 de 1% du budget prévu pour le plan Nord sur la formation de sa jeunesse CEGEP (lycée) et Universités confondues ...

La mauvaise réponse que l'on donne à mon argument est souvent celui qui oppose les frais de scolarité pratiqués au Québec par rapport à ce qui se fait ailleurs au Canada ou, pire, aux USA. Hmm ... ce type de raisonnement, d'une naïveté somme toute assez rudimentaire (je vais éviter d'être trop méchant), pourrait être repris avec force paraphrase pour justifier tous un tas de politiques sociales toutes plus mauvaises les unes que les autres: pourquoi envisager de hausser les salaires alors que les salaires sont après tout bien plus bas dans nombre de pays du Sud ? pourquoi renforcer le droit du travail alors qu'on sait bien que certains pays n'en n'ont à toute fin pas ? ... on peut continuer ainsi et développer finalement un argument pour tout faire avaler à un peuple à qui on pourrait toujours dire qu'il a la chance de ne pas vivre sous une dictature.

Mais la force d'une dictature n'est-elle pas justement d'avoir cette capacité à justifier tout et n'importe quoi avec des arguments à la mord-moi-le-noeud ? Le pays de toutes les libertés, je vous disais ...

mercredi 2 mai 2012

LES JEUX INTERDITS 3

J'en ai marre, Tu en as marre, Il en a marre, Elle en a marre, Nous en avons marre, Vous en avez marre, Ils ont en marre, On en a tous marre de ce temps pourri !! Marre d’étouffer  nos pieds dans des bas nylon, de porter les même pulls, les même chaussures depuis 7 mois. ! Nos épaules, porte-manteaux de fardeau, porte-manteau de tristesse, porte-manteau de ....cache-misère qui pèse de tout son poids la lourdeur de l'hiver. Le thermomètre ne décolle pas des 10°. C'est donc ça l'endurance de l'hiver ! La traîne de l'hiver, comme la traîne de la mariée, n'en finit pas de traîner, ...
Nous avons quand même eu un ciel bleu Dimanche. Nous sommes donc partis oxygéner nos poumons à la "plage". 12 $ de droit d'entrée pour pénétrer sur le Parc National. Quelle honte! Payer pour accéder à la plage ! Payer pour se promener en forêt !!Si tu es pauvre, tu n'as qu'à rester dans ton appartement. Ah, Le Canada, ses grands espaces, pays des activités de plein air, pays de la liberté...Oui, mais à condition d'apporter la liasse de billets avec toi pour accéder  à l'air pur ! Je savais que l'eau était menacée, mais pas l'air !!
En tant que bons Français, nous avons donc porté le pique-nique pour manger sur la plage, sur les tables en bois offertes à cet effet. Quand, (dans la série des jeux interdits), un garde forestier est arrivé dans son pick-up, a ralenti à notre niveau puis est reparti. 10 mn plus tard, un autre sur un quad est arrivé, a arrêté son moteur, et nous a prié de ranger notre bouteille de vin, pouvant être dangereuse si elle se cassait.

Si il nous avait vu au Cap Ferret, sur la plage, avec toutes nos bouteilles de vin blanc et nos bièreS ! Souvenirs, souvenirs...






Nous sommes donc partis, nous promener plus loin dans les sous-bois de bouleaux.

Nous comptons les jours qui nous séparent de vous et essayons de nous occuper, de façon à accélérer le temps.
C'est ainsi que Guy,  m'a gentiment organisé une soirée d'anniversaire surprise, à l'Astral, salle du Festival de Jazz de Montréal, pour un concert de David Gogo, où m'attendaient son frère, belle-soeur, Suzanne venue de New York, Betty-Anne et David venus des Laurentides (ils ont dû organiser la nounou pour les 4 enfants et endurer les allers et retours Montréal (travail) - Prevost, Prevost-Montréal, Montréal-Prévost...) ! Super concert où le chanteur guitariste est même allé boire sa bière au comptoir tout en continuant à jouer de la guitare, en Wi Fi !! Du jamais vu!! Puis retour à la maison pour boire le champagne et souffler les bougies !


A la vôtre !! Merci Rachèle d'avoir pris la photo !!

Puis, vendredi soir, ce fut Luc et Suzanne qui ont organisé une soirée surprise à Guy, pour son anniversaire.
Luc est donc allé chercher leur soeur Jocelyne dans les cantons de l'EST pour une réunion familiale.

 

 Nous allons visiter ce mercredi l'exposition de  FEININGER.

La prochaine étape est maintenant l'arrivée de mamie Jeanine que tout le monde attend avec grande impatience. Nous l'amènerons voir la région de Charlevoix, Baie St Paul, sa vie artistique, la mer, les montagnes.....payantes aussi ?

Puis, début Juin, New York, New York chez Suzanne avec David et Betty- Anne, pour aller voir le concert de Madeleine Peyroux.

Puis, Sylvie et Fred et leurs enfants nous retrouverons. Enfin des vacances ensemble ! Canoë Kayak, Parcs Naturels, et shopping à Montréal.

Ils partent le 9, nous partons le 12 et nous serons dans vos bras le 13 !!

En attendant, voici quelques photos de notre belle journée à OKA !














lundi 23 avril 2012

LA CITOYENNETE 2

Ca y est , les élections sont passées et les commentaires peuvent s'envoler.

La bonne nouvelle est qu'il est tout de même une circonscription où Eva Joly fait un score présentable : 5,70% des suffrages et BAT Marine  Le Pen à 4,30 % des voix : celle des Français à l'étranger, expatriés aux Etats-Unis.
Selon le site France-Amérique, le vote des Français installés aux USA reste très atypique. La pointe d'accent norvégien d'Eva Joly n'a pas repoussé les Français habitués à jongler avec l'anglais. Elle a enregistré un meilleur score que Dominique Voynet en 2007 :(5,7% contre 2% pour Voynet). Autre incongruité de ce vote, la participation de ces Français d'Amérique, qui n'ont pas toujours un bureau de vote à portée de main ou les distraits qui n'ont pas réalisé qu'il fallait voter Samedi au lieu de Dimanche, ou oublié de se faire inscrire au Consulat, était pire qu'en 2007 : 21,4% pour 32,9 % en 2007.
Cette même circonscription qui a presque réélu Nicolas Sarkozy au premier tour avec 45,15 % des suffrages ! (A peine moins qu'en 2007 avec 48,7 %) a tendance à voter moins extrême : Jean -Luc Mélanchon n'a séduit que quelques 4,94 % des français installés aux States. "En même temps, il faut avouer que voter Melanchon tout en vivant aux states doit demander une certaine gymnastique intellectuelle", selon un expatrié
Quant au candidat socialiste, il est en progression de 2 points (25,99 % pour François Hollande contre 24 % pour Ségolène Royal);  Bayrou dévisse : 11,72 % contre 20,3 % en 2007).

A l'heure où j'écris ce billet, je n'arrive pas à trouver les résultats pour la circonscription de Montréal.
Je vous reviens bientôt.

J'en profite pour vous donner rapidement un bulletin météo triste, où il fait O°, il fait donc froid, il pleut, c'est humide....Comme chez vous en France !! 















samedi 21 avril 2012

LA CITOYENNETÉ

Rien de mieux que de vivre à l'étranger pour faire vibrer sa citoyenneté, se découvrir encore davantage....française.
Mais quelle démarche inhabituelle que celle de revenir au pays de sa naissance, le pays de ses racines, et devoir voter pour le pays d'adoption, l'Autre pays, celui que Guy a choisi, la France. Quelle cocasserie de voir  exhibés ces bulletins de Marine Le Pen, arrogant cette population d'immigrés ! Elle ose en plus envoyer des lettres aux expatriés qui ont quitté la France pour respirer un air moins xénophobe.
Et si elle était élue, devrions-nous revenir nous installer au Canada, puisque Guy est étranger ? Refoulera t-elle tous les immigrés qui travaillent en France parce qu'ils aiment la France, sa culture, ses valeurs ? Croit-elle pouvoir garder les intellectuels ? Est-elle déjà partie de son pays ?
Nous sommes allés voter aujourd'hui au Gymnase du Lycée français  et quel étrange sentiment que celui de voir réunie sous le même toit, toute ma communauté : 51 335 français à Montréal. Effectivement, le gymnase était plein à craquer, sans compter la queue en file indienne, en forme de colimaçon, sur le terrain de sport à l'extérieur, organisée par les Québécois. Abrités sous leur parapluie, les maudits français attendaient leur tour, à la canadienne, sans se ruer, en silence, comme une :marche mortuaire. Je n'ai pu m'empêcher de penser au Vel d'Hiv ; encore marquée par le roman "Elle s'appelait Sarah" ,  j'imaginais toutes ces personnes tombées sous le même funeste destin , pour le seul défaut d'être juifs, comme moi je suis française. Soudain, l'absence d'accent québécois dans le décor sonore était vraiment bizarre, à la limite dérangeant ; je n'entendais que des phrases à la syntaxe lisse, sans fioriture. Ce rassemblement avait pour moi une étrange connotation de concentration de personnes en détresse qui venaient pour une cause ultime, sauver son pays. Sauver son pays du grand mou, ou du grand arrogant, ou de la xénophobe, mais sauver Willy coûte que coûte !
Cette campagne présidentielle, que nous avons suivie de loin, sur internet, nous a paru étrange. Les discours creux, les programmes, vue la mondialisation, difficiles à tenir. La campagne présidentielle vue de ce côté-ci de l'Atlantique par les médias montre un parti socialiste affaibli par d'un côté la montée en puissance du Front de Gauche, menée par Melanchon et une campagne de plus en plus agressive de Sarkozy. Ma boîte mail était inondée chaque jour de lettres du parti de Sarko.
La presse américaine, elle, regrette que Sarko fasse la cour à Le Pen et l'appellent Nicolas Le Pen. Elle pense Hollande plus près du modèle français.

Le Scoop du mois relatif à à la citoyenneté : du fait que Margot habite à l'étranger l'année de ses 16 ans, période du recensement,  et que le Consulat Français ne peut lui proposer de participer à la journée d'information citoyenne, elle a gagné l'exemption de la Journée d'Appel de Préparation à la Défense !! A  la place, un livret d'information lui sera fourni. Je ne vous cache pas sa joie !!

A titre d'information sur la communauté française au Canada, au 31 décembre 2011, 79 328 Français étaient inscrits au registre des Français établis hors de France, tenu par les consulats français au Canada (51335 inscrits à Montréal, 10 583 à Québec, 10 079 à Toronto, 4 602 à Vancouver, 1 651 à Calgary, 1 078 à MOncton et Halifax).

La communauté française installée au Canada est estimée à 150 000 personnes, dont plus de 60 % est établie dans la région de Montréal. Il est difficile de chiffrer avec précision cette communauté compte tenu du nombre de Français non inscrits et de la possibilité d'acquérir la nationalité canadienne après 5 ans de résidence permanente au Canada (150 000 par an).
L'autre facteur concerne les motivations des Français désireux de s'expatrier au Canada. Selon les estimations,  un français sur deux reste au Canada. Besoin de changement, envie d'entreprendre autre chose ailleurs dans un environnement différend, le retour en France après quelques années passés au Canada est motivé par le gain d'expérience suffisant, les raisons familiales ou la nostalgie du pays.

Pays riche au pouvoir d'achat élevé, le Canada continue d'attirer chaque année des milliers d'immigrands du monde entier (270 000 en 2007), trois fois plus qu'aux Etats-Unis. Avzc l'Australie, il est la destination la plus prisée au monde. Possibilité d'emploi, qualité de vie et sécurité en sont les principaux attraits. Il est vrai que des affiches "NOUS EMBAUCHONS" sont visibles sur beaucoup de vitrines. Quant à la sécurité, je témoigne que je sais Margot plus en sécurité dans les rues de Montréal lors des festivals que dans les rues de Bazas lors des fêtes de la St Jean !

La province du Québec, où sont installées de nombreuses filiales françaises, reste une destination privilégiée pour les français. L'amérique où l'on parle la langue de Molière ....Le rêve pour les Français fâchés avec la langue de Shakespeare !!!